La rencontre…

Petite, j’habitait la Côte Nord, près de Sept-Iles. J’étais fascinée par les loups qu’on entendait chanter dans la forêt la nuit. J’adorais les bêtes, surtout les grosses bêtes! J’étais certaine d’avoir un don magique pour communiquer avec elles. Mes meilleurs amis étaient d’ailleurs deux grands chiens bergers, copains de tous sans appartenir à personne. Je pouvais tout leur confier.

Un jour, un chien-loup est sorti du bois et cherchait sans doute de la nourriture plus près des maisons. Je me suis mis en tête de l’apprivoiser. C’était si simple: comme dans le petit Prince, avec le renard! En dépit de tous les avertissements, je suis sortie avec une tranche de viande froide pour aller lui offrir.
Il s’est approché… a grogné et a mordu ma jupe.

Mon père m’avait raconté que les animaux sentent tout de suite la peur… Alors je me suis efforcée de ne pas avoir peur et de retourner à la maison sans courir, sans m’affoler, mais avec une grosse boule dans la gorge. J’ai beaucoup pleuré, comme une peine d’amour.

Mon père a compris mon violent chagrin et il m’a expliqué, doucement, que le loup voulait rester sauvage et que s’il n’avait mordu que ma jupe, c’était un avertissement. Que s’il avait voulu me faire du mal, il m’aurait prise directement à la gorge. Il m’a aussi enjoint de ne plus chercher à l’apprivoiser, ni même l’approcher, bien sûr.

«Ce qui est sauvage doit rester sauvage, Isabelle…»

Je l’ai compris… et suis restée fascinée par tout ce qui reste sauvage.

C’est bien plus tard que des amis on commencer à me surnommer «la louve». Il trouvaient que je ressemblait à une louve, le nez au vent. J’ai aimé tout de suite ce surnom qui va si bien à ma nature… un peu sauvage!

Photo: André Morin

(Merci d’avoir posé la question Anne!)

Le retour…

Une petite fille sur le Saint-Laurent, une grand-mère sur la mer… je n’y ai fait que passer au fil de l’eau, au gré des vents, saisissant le présent à grandes bouchées gourmandes. Et le fleuve continue avec ses vents, ses marées et ses humeurs. A bord du Pas d’Allure, le capitaine Queue-de-Bois et moi sommes revenus sans en revenir… Le St-Laurent use de toutes ses ruses pour nous retenir, pour nous conquérir et nous ramener. Nous retournerons nous jeter dans sa gueule…

J’ai un fleuve à raconter!

Le Pas d’allure – Les pérégrinations d’un petit voilier sur le St-Laurent (à venir…)